Les interviews

Xavier Sourdeau
Magicien, comédien et amuseur

~ Pourriez-vous retracer votre parcours ?

J’ai suivi une licence en psychopédagogie à Louvain-la-Neuve et pendant ma formation, j’ai pris goût aux ateliers de techniques de cirque (jonglage et acrobatie avec le KOT JONGLERIE initié par Vincent Wauters – fondateur de l’école de cirque de Bruxelles). J’ai ensuite travaillé comme enseignant  pendant 5 ans tout en jouant des spectacles amateurs avec la compagnie du Tarmac. A ma nomination, j’ai préféré choisir le chemin du cœur pour me lancer dans une carrière artistique. Afin d’asseoir un peu plus mon travail de comédien/clown, j’ai suivi les cours à l’école de théâtre Lassaad, (pédagogie de Jacques Lecocq - théâtre du mouvement). Depuis, je mène une carrière professionnelle dans le secteur culturel, événementiel, festivals de rue, galas de magie…

~ Vos spectacles présentent plusieurs personnages. D’où provient votre inspiration ?

La diversité des personnages me permet avant tout de m’amuser. J’aime le cocasse, le loufoque. L’inspiration vient de l’observation de mes semblables, du quotidien : j’aime poser un regard tendre sur tout ce qui est drôle. La demande donne aussi naissance à de nouveaux personnages. Lors des fêtes comme Halloween, par exemple, j’ai créé un personnage proche de l’univers de la famille Adams, de Shrek, etc. Je suis obligé d’avoir ce panel de personnages pour pouvoir répondre aux exigences des organisateurs et pouvoir en vivre toute l’année aussi. Ca stimule mon imagination et m’oblige à créer.

~ Selon les personnages, vous évoluez plutôt dans le théâtre de rue, l’événementiel ou la magie. Est-ce important pour vous de toucher à différents domaines ? D’être polyvalent ?

Tout à fait. Mais j’attache une importance à adhérer au concept pour lequel je travaille. Dans mon cas : c’est la comédie. « Il n’y rien de plus sérieux que de faire rire » disait Raymond Devos. Faire rire n’est pas facile, un bon gag ne se monte pas en deux coups de cuiller à pot. C’est un rythme, une crédibilité, des effets bien placés. Il faut donc de la technique au même titre qu’il y a une recherche, un apprentissage aux techniques magiques. Le métier d’acteur/magicien est à prendre au sérieux. Faire la promo d’un produit dans des galeries commerçantes, ça ne m’intéresse pas.

Ma polyvalence me permet de jouer dans l’événementiel (fêtes d’entreprises, team building, animations diverses). Je travaille aussi beaucoup pour le milieu associatif (Carnaval de Tournai, Antoniades de Flobecq, Fêtes de L’Iris…). Je suis aussi présent dans le théâtre de rue, les festivals… Le théâtre de rue me permet de jouer, par exemple, le crieur. J’annonce le programme des spectacles au public, je l’invite à se rendre dans les différents lieux, aux heures indiquées. Je sers en quelque sorte de maître de cérémonie.

Dernièrement, j’ai aussi été amené à présenter les journées EntreVues de la Fédération Wallonie-Bruxelles, destinées aux programmateurs belges et étrangers. Suite à cela, j’ai été invité par quelques centres culturels pour présenter leur programmation de façon comique, burlesque, décalée.

J’évolue aussi dans le circuit culturel avec la Compagnie du Tarmac ou avec mon propre spectacle (Rudy et Adrienne Magic Show reconnu aux Tournées Art et Vie de la Fédération Wallonie/Bruxelles).

~ Qu’est-ce qui vous a attiré dans la magie ?

L’avantage de la magie, c’est qu’elle  permet d’arriver rapidement à produire des effets sans passer par un apprentissage de longue haleine, comme pour le jongleur, le danseur ou l’acrobate ! C’est aussi un désavantage car n’importe qui peut s’improviser magicien sans avoir les compétences artistiques nécessaires.  La présentation qui accompagne le tour de magie nécessite une préparation qui demande des années de travail et certains n’y accordent pas suffisamment d’attention. 

Personnellement, j’aime le côté surprenant et mystérieux de la magie. Le magicien dépasse les lois de la physique, il crée des miracles ! J’ai décidé de présenter une magie avec une approche burlesque destinée à divertir. Je ne propose pas que le côté démonstratif d’un tour, je veille à ce que les gens s’amusent.

~ Comment avez-vous appris vos tours ?

Il existe énormément de DVD et de livres pour apprendre des tours. Moi-même, j’ai appris grâce à ces supports. Je me suis également initié avec des maîtres magiciens qui m’ont appris leur art ou m’ont renseigné des livres. Il existe aussi des clubs de magie qui organisent des réunions, des conférences thématiques données par des maîtres magiciens. C’est assez paradoxal car il s’agit d’un monde qui se veut très secret mais dans lequel on assiste à une diffusion de plus en plus importante de tours sur différents supports, dont internet.

~ Quelles sont les qualités importantes à posséder pour devenir magicien ?

Il faut un sens du public, de la communication. Il faut avoir développé une sensibilité artistique. Il faut aussi trouver son style, avoir un esprit de recherche. Les magiciens sont des bidouilleurs, qui détournent et exploitent un objet, quel qu’il soit.

~ Quelle différence faites-vous entre le magicien, l’illusionniste et le prestidigitateur ?

Je pense qu’il s’agit essentiellement d’une différence terminologique. Le magicien produit des choses qui vont à l’encontre des lois physiques, qui tiennent potentiellement du miracle. Au départ du réel, il produit l’irréel. Après, il existe différentes branches et chacun développe sa discipline. L’illusionniste, le prestidigitateur ou encore le mentaliste sont pour moi des magiciens avant tout.

~ Travaillez-vous seul ?

La plupart des magiciens travaillent seuls mais ce n’est pas mon cas. Je viens d’une approche basée sur le cirque, plus collective, avec un mélange de techniques et donc d’artistes différents.  Pour ma part, j’aime bien travailler avec un regard extérieur, avoir un autre avis.  Jouer avec des partenaires, c’est savoureux.

~ Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ?  Le moins ?

J’aime partager, donner aux gens par le biais du spectacle. Mes spectacles m’ont aussi permis de voyager, de rencontrer des gens intéressants partout dans le monde.

Ce que j’aime le moins est surtout lié au statut de l’artiste : il vit dans l’irrégularité, la passion, la recherche. Il n’y a pas une possibilité de « plan de carrière ». Il faut posséder des qualités multiples (humaines, créatrices, organisationnelles, commerciales…) pour assurer la gestion de son travail. Il n’y a pas non plus de statut clair, on est toujours sur le fil et c’est quelquefois fatigant. C’est une question de choix. Une fois qu’il est fait, c’est irrémédiable !  

~ Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut se lancer ?

Si c’est vraiment ce qu’il veut faire, il doit y aller à fond même si le chemin est tortueux et difficile. Après, c’est trop tard et on regrette. Je lui conseillerais aussi d’avoir une bonne technique avant tout et de la maîtriser. C’est la base. Mais la communication, la présentation du spectacle sont tout aussi importantes. Il faut développer son propre style, fournir beaucoup de travail et arriver à se faire connaître.

www.trucetcie.be

 

Fiches métier associées

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.